Lo spazio dell'opinione. Le riviste di cultura e politica in Europa

Olivier Mongin, "Esprit"

Gli intellettuali e la politica: Francia

(versione non rivista dall'autore)


L'an dernier, en symbiose volontaire ou non avec le changement de siècle les revues «Le Débat», créée par Gallimard et L'historien Pierre Nora en 1980, et la revue «Esprit» créée en 1932 ont publié des dossiers sur les intellectuels. Sans qu'il y ait eu concertation préalable, les points de vue convergeaient étonnamment.

Plusieurs constats sur lesquels je vais revenir étaient partagés par les deux rédactions. J'en évoque six:

  • 1) A une époque où la médiatisation fait loi, la notion d'intellectuel, loin d'être dévaluée en tant que telle, souffre surtout de ne plus signifier grand chose ;
  • 2) L'histoire intellectuelle donne l'impression d'un âge "fini" de la vie intellectuelle française ;
  • 3) La qualité de la production contraste avec des polémiques intellectuelles souvent inutiles et toujours violentes;
  • 4) "L'après 1989" qui avait vu un semblant de consensus "démocratique" a donné lieu à des conflits au sein de la frange intellectuelle dite "anti-totalitaire" ;
  • 5) Un discours extrémiste et radical reprend le dessus et donne lieu à une critique du capitalisme dans le contexte d'une démocratie réduite à son libéralisme économique;
  • 6) Les problèmes qui opposent les intellectuels touchent le plus souvent les ressorts de l'éducation et de la transmission autant que les racines de l'action politique.

Bref, la crise affecte aussi bien les acteurs que les finalités: faut-il alors s'étonner que la confusion règne souvent? De tout cela, il résulte un glissement du débat: on passe sensiblement d'une réflexion sur "l'intellectuel à la française" au rôle possible de la "réflexion critique" et des espaces susceptibles de la mettre en scène. Parler des intellectuels français est un exercice d'autant plus difficile qu'on confond souvent la production intellectuelle et la posture de l'intellectuel au risque de se désintéresser de la première (seul celui qui parle fort fait entendre ce qu'il pense). Après avoir pris acte de la disparition d'un certain type d'intellectuel à la française, je me demanderai quelles sont aujourd'hui les figures intellectuelles reconnues dans l'espace public.

Ce qui conduit à aborder les quatre points suivants qui touchent à la fois les problème de l'interprétation, celui des modalités d'expression et enfin celui de l'action.

  • 1) L'intellectuel français est-il devenu une pièce de musée, célébrons-nous la "beauté du mort"?
  • 2) Loin d'être une histoire finie, celle des intellectuels prend de front un certain nombre de transformations dans l'ordre de la technologie, du poids croissant de la spécialisation experte, de la crise de l'esprit "généraliste", autant de facteurs qui pèsent sur la manière de travailler et ne sont pas sans signification politique si l'on admet que le politique exige une compréhension d'ensemble de la situation historique.
  • 3) Assiste-t-on à la fin de l'engagement classique des intellectuels ou à son retrait?
  • 4) Qu'en est-il de son implication au sein de l'Europe?

LA FIN D'UN CYCLE HISTORIQUE?

Le poids de l'événement. La vie intellectuelle française, liée au prime abord à des doctrines, à des "ismes" (marxisme, existentialisme, personnalisme, structuralisme, humanisme, anti-humanisme), a surtout été ponctuée par des événements, au sens où en parle Hannah Arendt. L'événement n'est pas réductible à l'actualité, il représente une "cause" qui suscite l'engagement de l'intellectuel. Le lien à l'événement a donné lieu en France à quatre figures: 1) Celle de l'intellectuel prophétique qui a pris la figure de l'écrivain, de Rousseau à Hugo et Péguy, elle correspond à un type d'intellectuel qui préfigure l'avenir au nom d'une représentation de l'humanité et du rôle universel de la nation française, 2) Celle de l'intellectuel "dreyfusard" qui épouse lucidement une cause et la défend au nom de la Vérité en criant "J'accuse" comme Zola à l'occasion de l'Affaire Dreyfus, 3) Celle de l'intellectuel révolutionnaire et progressiste dont Sartre a été l'incarnation, et avec lui la revue «Les Temps Modernes» créée après la deuxième guerre en 1945, 4) "L'intellectuel critique" qui se représente la société où il vit comme radicalement aliéné (en raison d'un pouvoir, d'une culture, des moeurs) et cherche à se poser à la marge sans renouer avec des utopies révolutionnaires. Mais aussi l'intellectuel spécifique, celui dont Michel Foucault a défini la posture, qui renonce à épouser des causes globales et s'attache à des combats précis (les prisons, la folie et les institutions psychiatriques…).

Rappelons donc les événements qui ont ponctué les engagements en France durant le XX° siècle dans les cas des principales revues françaises qui, se situant "entre" la posture médiatique et la posture universitaire, ont rythmé la vie intellectuelle en France durant tout le XX° siècle. François Fejtö les a rappelés dans son remarquable Passager du siècle à sa manière et Eric Hobsbawm d'une autre manière dans l'Age des extrêmes. Avec des historiens (François Furet) ou des philosophes (Paul Ricoeur, Jan Patocka) ils soulignent l'un et l'autre le rôle de la guerre de 1914 qui fait entrer dans "l'âge des catastrophes" (communisme réalisé et nazisme) avant de déboucher sur la deuxième guerre mondiale. Suit une période qualifiée d'"âge d'or" (1945-1975) qui correspond à la formation des "social-démocraties" européennes avant que la chute du Mur de Berlin ne symbolise l'échec du communisme à l'est de l'Europe puis en Russie en 1991, mais aussi une victoire universelle de la démocratie. Durant la période de l'après-guerre on assiste au glissement d'une attitude révolutionnaire à la mise en oeuvre d'une lutte anti-totalitaire. Que se passe-t-il ensuite, "après 1989"? Comment s'opère le retour à une démocratie valorisée face aux totalitarismes? Quelles sont les questions qui retiennent l'attention des intellectuels? Le terme de "globalisation" économique, qui laisse croire utopiquement à une extension planétaire de la démocratie et au règne incontesté du marché, manifeste paradoxalement la fragilisation des social-démocraties, la pluralisation des mondes, les faiblesses de la démocratie politique et le peu de vertus de l'homo democraticus.

Dans ce contexte se pose à l'intellectuel le problème de l'interprétation de l'histoire effective mais aussi celle de son expression possible au sein de l'espace public. J'évoque ces deux points qui sont à l'origine de clivages et pèsent sur l'appréhension du politique.

Quelle interprétation de l'histoire présente? Le regard porté sur l'après-1989 amène alors à s'interroger sur les conséquences de l'anti-totalitarisme et de la crise des "Grands récits" (J.F. Lyotard, G. Vattimo). Si l'on suit un esprit progressiste comme Hobsbawm, on s'interroge sur la capacité des démocraties à contrer les débordements contemporains du capitalisme. Mais n'en revient-on pas alors à reprendre la thématique de Heidegger (le règne de la technique et la déconstruction de la raison occidentale) et celles de Marx (la puissance du capitalisme)? Une autre perspective, plus dynamique consiste, avec Pierre Hassner, à se demander si la période n'est pas plus exigeante, si les cultures politiques libérale et égalitaire n'ont pas à créer les conditions d'un ethos démocratique marqué par la défense des droits de l'individu, de l'Etat de droit et du respect de la souveraineté et du suffrage universel, c'est-à-dire par des responsabilités plus lourdes vis-à-vis desquelles nous sommes pris au dépourvu (gouvernance mondiale, intrication des problèmes relevant traditionnellement de l'interne et de l'international).

Les métamorphoses de l'expression publique. Mais, au-delà de l'interprétation de la période qui oppose les intellectuels, la vie intellectuelle exige d'être relayée par un espace public dont Habermas a analysé l'évolution et dont Hannah Arendt a montré la dégradation. Aujourd'hui, le discrédit de l'intellectuel n'est pas sans lien avec l'alternative qui s'offre à lui: soit se présenter sur une scène publique régentée par les médias et se prêter à une caricature de lui-même, soit se mettre en marge, à la périphérie, au risque d'un silence forcé.

La fin de "la vie intellectuelle". Nous avons glissé d'une conception pyramidale de la vie intellectuelle à une organisation de l'espace public confondu avec la communication où celui-ci n'a plus de privilège, où il est désacralisé. Bref on est passé de l'information à la communication. Et l'intellectuel n'a d'autre choix, en apparence, que celui de la médiatisation, du silence, ou de l'expertise. Que signifie la médiatisation? Essentiellement que la vie intellectuelle publique n'est plus dirigée par les intellectuels mais qu'ils sont eux-mêmes les otages d'un journalisme et des mass-médias. L'intellectuel est appelé à comparaître pour donner son point de vue comme d 'autres catégories de la population, il n'a plus pour tâche de donner le sens, de totaliser le réel. Que signifie l'expertise? Tout simplement que l'intellectuel n'a plus de volonté de compréhension globale et qu'il a pour rôle d'éclairer le politique qui l'instrumentalise. A l'horizon se profile le "gouvernement des experts" préfiguré par Hans Jonas, la fin du politique, et l'idée que la démocratie est ingouvernable et qu'elle ne peut pas se satisfaire d'un esprit de délibération qui produit la confusion.

A ce déficit d'expression qui se traduit par une marginalisation apparente des intellectuels, il faut ajouter les nouvelles technologies qui sont à l'origine d'une crise de la culture générale. Je me contente d'évoquer les nouvelles pratiques de lecture et la révolution numérique qui participent de la constitution d'une société en réseaux qui modifie profondément les moeurs et les conditions de l'échange et de la vie publique.

UNE NOUVELLE CONFIGURATION? L'APRES 1989

Recréer les conditions de la vie intellectuelle en échappant à la double aspiration par le cosmopolitisme et par le repli n'est pourtant pas inconcevable. Avant de observer (ou non) une réinscription historique des intellectuels, il faut souligner leur souci de relire leur propre histoire.

A. Un autre regard sur l'histoire politique et les intellectuels. L'histoire intellectuelle, loin de se réduire à un Musée et à des dictionnaires, est aujourd'hui l'occasion de réinterpréter des traditions intellectuelles marginalisées ou oubliées. De même que Monique Canto essaie de réévaluer la signification historique d'un socialisme libéral dans les divers pays européens, il n'est pas difficile d'observer un retour à la tradition anthropologique aux dépens d'une sociologie déstabilisée par l'individualisme démocratique. Par ailleurs, dans le sillage de la philosophie politique, on assiste à la conceptualisation d'une histoire politique (Pierre Rosanvallon). Parallèlement à la réhabilitation de traditions intellectuelles, on observe la mise en avant de personnages qui étaient ignorés ou laissés dans les coulisses (à commencer par Germaine Tillion). Après la période des sciences humaines, la figure de l'écrivain est elle-même réhabilitée, non sans lien avec le rôle désormais imparti à la philosophie politique (voir Claude Lefort) et avec la signification du politique (l'Archipel du Goulag est un essai d'investigation littéraire)

B. Les postures politiques contemporaines. Au-delà des problèmes d'interprétation de la période et des difficultés d'expression des intellectuels dans la vie publique, on observe un malaise plus profond qui peut se traduire par le rapport à l'engagement, par l'inscription sociale et plus profondément par la crise qui frappe le politique lui-même. Passer ces points en revue permet de mieux comprendre la diversité des postures et de souligner la difficulté des liens désormais entretenus avec l'action politique.

Qu'en est-il des formes d'engagement ou d'implication dès lors que le deuil de l'intelligentsia progressiste est proclamé, même si certains ne veulent pas renoncer à l'idée de Révolution (voir le dernier numéro de la revue «Lignes»)? Peut-on échapper à la double aspiration par les médias ou au statut de l'expert? Dans cette optique, je distinguerai plusieurs postures.

1) Celle de la fin de l'engagement, de l'après Sartre. Elle était énoncée dès 1980 dans «le Débat» qui proclamait "l'après Sartre" et donne lieu désormais à l'idée de fin des intellectuels. Dans le numéro qui salue le vingtième anniversaire de la revue (mai-août 2000) Pierre Nora écrit que l'on ne sait plus de qui et de quoi on parle ("On peut aujourd'hui, du même souffle, pleurer la mort de l'intellectuel et déplorer la prolifération de l'espèce"). Ce qui l'amène à défendre l'idée d'un espace intellectuel soustrait à la pression médiatique, peu soucieux d'intervenir dans la vie publique autrement que sous la forme d'un débat consistant à exposer des positions diverses. A «Esprit», nous le disons dans d'autres termes, nous postulons une temporalité, celle du travail intellectuel, distincte de celle de la vie médiatique qui est obsédée par l'actualité, le présent et l'urgence, nous cherchons ainsi à imposer une temporalité longue qui permet d'anticiper l'événement mais aussi de le réinterpréter après coup.

2) Celle de l'apparition d'une intelligentsia libérale (jusqu'alors marginalisée) dont la naissance de «Commentaire», revue créée par Raymond Aron au début des années 1980 et désormais dirigée par J.C.Casanova, est l'expression. L'intelligentsia anti-totalitaire de droite et de gauche s'est rapprochée durant la décennie 1980. Aujourd'hui, ce n'est pas entre droite et gauche qu'il y a clivage, mais entre modernes et anti-modernes sur le terrain de la culture (voir les polémiques au sein des rédaction à «Commentaire» comme à «Esprit»), ou bien entre souverainistes et anti-souverainistes sur le plan politique dans le contexte de l'européanisation institutionnelle.

3) Le discours protestataire et critique. Face à l'évolution récente du capitalisme, nous retrouvons un discours critique qui s'en prend à l'hégémonie du Capital dans un discours qui n'est pas renouvelé et se contente d'un posture protestataire fort bien relayée par les médias. Chez un Pierre Bourdieu, il n'y a pas d'alternative politique possible, mais le réformisme est simultanément condamné (alors qu'un mouvement comme Attac se contente de mesures réformistes). Le problème français demeure celui de la pesanteur idéologique, et de la faiblesse du pragmatisme. On l'a vu durant les débats sur la Kosovo, on le voit bien à l'occasion des polémiques scientifiques (eugénisme, clonage) où l'on ne se préoccupe guère des faits. C'est l'occasion de signaler le retard dramatique pris par les intellectuels sur les principaux dossiers scientifiques, la philosophie morale, particulièrement prisée en France, n'est guère apte à se pencher sur des problèmes précis et spécifiques. Il ne suffit pas en effet de regretter la crise de la culture générale, il faut prendre le temps d'examiner des dossiers précis pour poser les questions adéquates.

Parallèlement au discours protestataire, on assiste à des luttes politiques sectorielles qui, le plus souvent, consistent à défendre les droits des minorités. Le procès radical intenté au libéralisme économique (voir le rôle du «Monde diplomatique») peut aller de pair avec une défense libérale des droits de l'individu sur le plan des libertés et des mœurs (voir les revues récemment créées comme «Multitudes» et «Mouvements»).

4) Le retour l'engagement qui s'appuie en France sur le modèle dreyfusard. François Fejtö avait déjà titré son article sur le procès Rajk en 1947 dans «Esprit» "l'affaire Rajk, une affaire Dreyfus internationale". Raymond Aron voyait dans les premiers débats sur l'Europe de la défense dans les années 50 une affaire Dreyfus, aujourd'hui toute polémique donne lieu à l'invocation de l'affaire Dreyfus. Le risque est la dramatisation et la banalisation. On ne hiérarchise plus les causes, on les choisit dans l'urgence et on cherche à les médiatiser, quitte à exagérer les perspectives d'un mouvement social qui n'est composé que de luttes successives (sur le plan des moeurs, du travail et des sans- papiers) et isolées. A contrario ceux qui se sont inquiétés des drames yougoslaves l'ont fait sur le long terme en s'inquiétant dès le début des années 1990 de l'avenir du Kosovo. Qu'est-ce qu'une action politique qui n'est pas inscrite dans la durée? Une action qui se soumet au rythme de la seule urgence, des seuls médias, qui confond l'événement médiatique et l'événement comme cause qui n'est pas immédiatement visible au sens de Hannah Arendt.

5) L'un des clivages profonds concerne le niveau d'action à privilégier et la crise de l'action politique elle-même. Elle est au centre du débat sur l'avenir de l'Europe qui avive des oppositions intellectuelles (et pas uniquement politiciennes) entre souverainistes qui défendent le rôle de la nation, et fédéralistes qui optent pour leur part sur l'idée d'un dépassement de la nation. D'autres encore, et le débat actuel sur la fédération d'Etats-nations le montre, s'interrogent sur une double crise historique, celle qui affecte l'énergie nationale aussi bien que l'énergie fédérale sur le plan de la volonté historique. On en revient alors à l'interrogation sur le devenir de nos démocraties, sur le modèle démocratique européen, dans un contexte qui est celui de la post-histoire et de la globalisation. C'est donc à une double interrogation sur le déficit du politique dans nos démocraties que nous sommes conduits, alors que le combat anti-totalitaire avait valorisé l'interprétation politique de la démocratie (les revues Socialisme ou Barbarie, Arguments, Claude Lefort, Edgar Morin, Cornelius Castoriadis). Parallèlement, il faut mener une réflexion sur la pluralisation des mondes: loin de croire que la globalisation culturelle se réduit à l'hégémonie culturelle américaine (celle de Mac Do et de Hollywood), on constate qu'elle accompagne l'émergence de mondes nouveaux (Chine, Inde, dissociation du capitalisme et de la démocratie), que nous sommes aussi entrés dans un monde "post-colonial" (question particulièrement sensible en France avec l'Algérie) et que le privilège de l'Occident et de l'Europe (et donc de ses intellectuels) n'est pas certain (voir le travail de la revue Dédale). Dès lors le politique bute sur le "post-historique" dans l'espace européen où le procédural et la gouvernance sont les notions clefs. Sur la question de l'Europe et sur celle de la souveraineté, le clivage peut être violent dans les revues entre intellectuels qui ont partagé les mêmes convictions anti-totalitaires.

6) La prise en compte des problèmes de la démocratie, essentiellement l'éducation, les valeurs démocratiques. Dans le sillage du situationnisme (Guy Debord), la démocratie est essentiellement critiquée sur le plan des moeurs et de la culture. On n'ose pas ne dénoncer les valeurs politiques, mais on n'en pense pas moins. Les mêmes qui valorisent les droits de l'individu critiquent la démocratie sur le plan social et culturel (l'empire du simulacre, la culture trash). Faut-il s'en étonner? Cela peut conduire à une interrogation radicale sur la modernité et la critique de la civilisation occidentale qui n'est pas sans consoner avec les réflexions sur le nihilisme du début du XX° siècle.

L'interaction avec l'étranger. Cette entrée dans un monde de la tolérance, de l'indifférence et de la pluralité déstabilise l'intellectuel jusqu'alors détenteur de la fin de l'histoire ou de l'universalité. De manière plus positive, tant au niveau européen que planétaire, on voit bien ce qui peut être l'un des moteurs de la vie intellectuelle: favoriser, à un niveau qui n'est pas celui des médias ou de la politique politicienne, des liens et des contacts, créer un réseau international qui ne consiste pas en une nouvelle version du cosmopolitisme. C'est une relation inédite du particulier et de l'universel qu'il faut mettre en œuvre.

Si la globalisation témoigne d'une inquiétude profonde, elle est aussi l'occasion de dynamiser des réseaux sur un mode souvent artisanal. Sur ce plan les petites unités que sont les revues ont des avantages. A double distance du repli national et d'un cosmopolitisme hautain, il est temps de repenser en Europe mais aussi dans le reste du monde des contacts intellectuels qui visent à une interaction dynamique. C'est la meilleure manière de répondre à la crise de l'expression publique des idées. On saisit tout le paradoxe, le monde intellectuel peut trouver un nouveau souffle en créant un réseau international mais le risque est de se constituer en marge de la vie publique. Mais ne l'est-il pas déjà? Dès lors, la question est bien d'inventer des relais, des médiations au sein de la société, de procéder à des connexions qui n'existent pas aujourd'hui.

Au-delà des polémiques d'interprétation sur la période et les postures, l'avenir intellectuel passera par un tissage inédit des idées et des productions. Si, au niveau européen, ces connexions actives sont pour l'instant trop faibles, il est un fait indéniable: les références des intellectuels français sont de moins en moins hexagonales, elles sont devenues européennes, voire extra- européennes.


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